19 mars 2026Enjeux business, risque et culture

Vote électronique : le bulletin papier est un meilleur système

Le vote électronique généralisé serait une menace majeure pour notre démocratie.

Pas besoin d'être du métier pour comprendre pourquoi. Juste d'avoir voté une fois dans ta vie.

Ça se voit un peu pendant le scrutin, et beaucoup au dépouillement. Ouvrir les enveloppes, lire à voix haute, compter, vérifier. C'est pas spectaculaire, mais c'est du collectif qui roule.

En attendant l'ouverture de l'urne, il y a toujours quelqu'un pour lancer : « Pourquoi on vote toujours pas par Internet ? »

En tant que citoyen, je comprends pourquoi la question se pose. En tant que spécialiste de la qualité logicielle, ma réponse est NON SURTOUT PAS.

Un bon système de vote doit garantir plusieurs choses en même temps : → Ton vote doit être comptabilisé → Ton vote doit être secret pendant et après le scrutin → Le comptage doit être librement vérifiable par des personnes indépendantes → Le processus entier doit être compréhensible par tout le monde → Le système doit résister à une attaque à grande échelle → Accessible à toutes et tous, avec le moins de moyens techniques possibles → La vérification de l'identité → Chaque personne ne vote qu'une fois

Quand on y réfléchit deux secondes, le bulletin papier est une solution idéale.

Tu mets ton bulletin dans l'enveloppe. Tu la vois tomber dans l'urne. Des gens surveillent l'urne. L'urne est ouverte et comptée devant tout le monde. N'importe qui peut participer au dépouillement.

Un logiciel serait mauvais quasiment partout.

Quand tu valides ton choix sur un écran, un chiffre s'incrémente. Aucun moyen de vérifier que le code n'est pas truqué. Si on te le montre plus tard, impossible de vérifier que c'est celui utilisé par le scrutin. Et vérifier toute la chaîne, du logiciel jusqu'à la puce électronique, c'est grosso modo infaisable.

Le pire : la fraude à grande échelle devient beaucoup plus jouable.

Tricher avec des moyens physiques, il faut des gens, du temps, un accès aux urnes. Plus tu triches, plus il te faut de complices, et plus le risque d'être détecté augmente.

Tricher avec du logiciel, c'est l'inverse. Une ligne de code au bon endroit altère des milliers de votes. Le nombre de complices minimum descend à 1.

Ah, et un dernier problème. Tellement politique qu'il devient social.

Avec le papier, la nation toute entière comprend. Sans elle, il n'y a littéralement pas de décompte possible. Avec le vote électronique, il faut des compétences obscures en ingénierie logicielle, en cryptographie, en conception matérielle…

Même si le système n'est jamais compromis, c'est un poison pour la légitimité démocratique.

Dimanche, mes enfants sont venus avec moi. Ils ont vu la démocratie fonctionner à mains nues. Un système efficace, robuste. Allez, il y a même une forme de panache.

Le meilleur logiciel de vote jamais inventé, c'est un bout de papier compté par des citoyens et citoyennes qui viennent à 20 heures faire leur devoir.

Publié à l'origine sur LinkedIn.

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